Balmorhea - All is wild, all is silent [Western Vinyl]
Bien qu'elle soit toujours aussi difficile à définir, la musique pop instrumentale est capable d'attendre des sommets comme ce disque le prouve dès la première écoute. Sur "Settlers" le piano se place au premier rang, rejoint par des guitares discrètes et de somptueuses lignes mélodiques tissées par les violons qui tournent parfois à l'orage électrique. L'ambition est perceptible : là où Virginia Astley se contentait d'évoquer une journée campagnarde, la bande d'Austin propose un mini tour du monde. Tout en lyrisme mais sans excès aucun, l'auditeur est projeté au dessus de paysages rêvés, de l'Ouest américain aux glaciers scandinaves... Onirique plus que planant, et définitivement beau.
Titres favoris : Harm and boon, March 4 1831, Night in the draw
Plusieurs mois ont passé et toujours pas de lassitude à l'écoute de ces talentueux Sud-Africains déjà chroniqués en ces pages. Des arrangements exquis, des chœurs judicieux,et une voix claire entre Emmy The Great et Kate Nash font briller des compositions teintées d'ambiances cinématographiques. Une tournée avec Get Well Soon leur a permis de découvrir la France au printemps dernier, espérons qu'ils y aient pris goût.
Titres favoris : Dearheart, Everything is caving, What we wanted
The Pains Of Being Pure At Heart - st [Slumberland]
On est d'accord Field Mice et consorts ont déjà tout dit sur le sujet, et pourtant l'avènement de ces New Yorkais est un vrai bonheur pour nombre d'accros à l'indie pop. Parce que même déjà entendues, leurs chansons dégagent une énergie et une fraîcheur qui les rendent tout à fait irrésistibles. Parce qu'on continuera à écouter un single comme "Everything with you" avec plaisir pendant les dix prochaines années. Parce que les moins de trente ans peuvent enfin s'exploser les tympans en s'offrant un retour au début des 90's. Et parce que leur décollage inespéré montre que même les amoureux de Sarah records ont encore une chance en 2009.
Titres favoris : Everything with you, Young adult friction, Come saturday, This love is fucking right !
Merveilleux moment que fut celui d'entendre Bowerbirds pour la première fois. Doté d'une production soignée à l'extrême, "Upper air" prend ses plus beaux atours dans la solitude et la semi-pénombre. L'accordéon présent au soutien se révèle vite indispensable pour distiller une agréable mélancolie.
Label : Sugar Hill records Indice PCDM : 9.86 - Bluegrass
Do you hum a little tune all day long ? Do you hear my name in the chorus of your song ? When you sing your song does it make you feel brand new ? Tell me, darlin', please tell me true
Du haut de ses dix-sept printemps Sarah Jarosz nous vient d'Austin, Texas. Et histoire de faire mentir le poète elle a visiblement d'autres passions que glander sous les tilleuls ou se pinter à la limonade. Sur son premier album elle endosse ainsi les rôles d'auteur, compositeur, interprète, multi-instrumentiste et co-producteur... et s'en sort haut la main dans tous ces domaines. Bien entouré par Chris Thile et Jerry Douglas son jeu en picking sied aussi bien au banjo qu'à la guitare, habillant des chansons telles que Left home ou Tell me true sans oublier - bon goût oblige - une impeccable version du Shankill butcher des Decemberists. Si une telle précocité peut à juste titre faire rêver le public pop, on note que miss Jarosz est loin d'être un cas isolé au sein du circuit bluegrass. A onze ans de moyenne Nickel Creek stupéfiait ainsi les festivals. Quant à la violoniste Tatiana Hargeaves, elle vient de publier son premier album à tout juste quatorze ans. Avec dix-huit mois de plus Sierra Hull passerait presque pour une mémé. De quoi vous filer des complexes... Dernier point commun pour tous ces prodiges : on n'est hélas pas près de les voir jouer en France. On se contentera donc d'écouter des disques tels que celui-ci, premier effort d'une musicienne qui pourrait aller loin.
On le sait, tous les prétextes sont bons pour aller à Londres. Les Zombies ne semblant guère décidés à aligner un 3ème concert d'adieu annuel, j'ai fort heureusement trouvé une excellente raison d'aller vider mon compte en banque chez les disquaires Britons. Prenez un festival d'indiepop dont la taille réduite ferait passer Indietracks pour Glastonbury, une programmation alignant les Just Joans en tête d'affiche et des concerts prenant place dans quatre bars différents, vous obtenez le London Popfest. Pints of lager et harmonies vont couler à flots dans tout juste un mois.
Rose Melberg, Withered Hand, The Pines, Rob Price (Airport Girl), The Just Joans, The Garlands, Horowitz, The Sunny Street, Ballboy, Shrag, Dorotea, Allo Darlin’, Soda Fountain Rag, Standard Fare, Horse Shoes, White Town, Humousexual, Leaving Mornington Crescent
A surveiller :
- les charmants The Sunny Street dont "Pottery and glass" ensorcelle déjà mon nouveau studio. - le come back surprise : White Town et son "Your woman", auteur en 2006 d'un brillant album twee. - et surtout, surtout : les Ecossais de Just Joans, auteurs avec "What do we do now ?" et l'hilarante "Hey boy... You're oh so sensitive" de deux des plus belles chansons de la dernière décennie. Pas mal pour un groupe dont la discographie se résume à un EP introuvable et un split-45 tours.
Je comptais faire une petite note à caractère bibliothéconomique (mes quelques doutes sur les miracles de l'ouverture dominicale par exemple) mais la dernière formation a mis mes méninges à rude épreuve. Va pour la musique donc, puisque Indietracks résonne encore dans mes oreilles. Allergiques au sucre, passez votre chemin : sur ces 13 titres les Espagnols de Cola Jet Set offrent une pop enjouée, rayonnante, dont chaque note semble parler d'amour et d'été éternel. Les guitares carillonnantes esquissent un clin d'oeil aux Byrds ("El sueño de mi vida") et les choeurs lancent des harmonies et des choubidoubidou comme plus personne n'ose en faire ("Subidubi"). Seul écueil : les Barcelonais ne font pas dans la demi-mesure et certains crieront à l'overdose sous les assauts d'une production Haribo jusqu'au bout des cordes. Difficile cependant de ne pas fondre tant ces chansons aux tons d'arc-en-ciel réjouissent le coeur jusqu'à une curieuse valse instrumentale qui sonne la fin du bal.
Le disque qui va bien avec : "Brand new knife" de Shonen Knife.
Non, The School n'a rien d'original. Mené par Liz Hunt qui en compose les titres, ce groupe originaire de Cardiff se place comme tant d'autres (dont Camera Obscura) au croisement de l'indie pop et des girl groups 60's. Ce qui le distingue de la masse est probablement cette faculté à n'écrire, à l'heure actuelle, que des bonnes chansons. Qu'on prenne "All I wanna do" et son intro en forme d'hommage, "Valentine" et ses claviers très Belle & Sebastian, les refrains entraînants de "I want you back" et "Shoulder", sans compter une magistrale reprise de Left Banke ("And suddenly") le groupe tient bon la barre. Résultat : la petite troupe galloise a signé avec le fameux label Elefant après seulement... 4 concerts, avec un premier album prévu pour octobre. Peu de chances de les voir jouer en France d'ici là, mais quelques sympathiques amuses-gueules pour patienter :
And suddenly / George Washington Brown - (split 45 tours, Slumberland)
Let it slip EP (CD 4 titres, Elefant) Let it slip / Shoulder / I want you back / I don't believe in love
Atterrissage à East Midlands Airport. Nous voici au milieu de Nulle Part, Angleterre, pour un premier imprévu : il faut deux bonnes heures pour rejoindre le camping en car. Légèrement paumés, nous effectuons le trajet en compagnie de jeunes Chinois qui s'avèreront être les Marshmallow Kisses. Dégat collatéral : nous loupons Downdime, Little My (on se rattrapera sur leur mershandising) et les Japonais de Sucrette, entendus de loin en montant les tentes. Comme prévu le festival se tient sur un vieux site de chemin de fer préservé : les rails bordent la Elefant Stage, la Indoor Stage prend place dans un hangar tandis que la Church Stage accueille des concerts plus intimistes dans une petite église. Evidemment dominé par les indie poppers, le public compte aussi des retraités et des familles avec enfants, drôle de mix.
14h40 : ex-Heavenly, ex-Talulah Gosh, Amelia Fletcher arrive à la tête de Tender Trap. Les noms de groupes changent mais deux décennies de circuit indie pop n'entament pas un songwriting d'excellent niveau. Le soleil brille, c'est le moment de plonger dans les bacs à disques où Liz Hunt (The School) semble partie pour claquer son salaire annuel. Problèmes de son dans la Indoor Stage pour Friends, on part suivre la fin de set des revigorants Italiens de Fitness Forever.
Dès lors on ne décollera plus de la grande scène, avec les punchy Frank & Walters suivis de mes chouchous Speedmarket Avenue... visiblement inconnus ici comme ailleurs si l'on en croit le public clairsemé. Mes craintes quant au chant se révèlent vite infondées : la divine Sibille Attar place parfaitement sa voix et hypnotise les garçons tout en enquillant moultes vodkas. Les vagues shoegazing de "Tell me no", le final brillant de "Sirens", tout s'enchaine parfaitement jusqu'à "Way better now" qui fait enfin rebondir les festivaliers. Concert de la journée pour votre serviteur qui récupère allongé dans l'herbe en compagnie de quelques pintes. Tout près la xylophoniste de Little My déguste une glace italienne, et le soleil est toujours de la partie... plus pour très longtemps hélas, et les nuages s'accumulent à l'arrivée de Camera Obscura. Leur concert au Point Ephémère m'avait déçu mais Tracyanne Campbell a visiblement fait des progrès : beaucoup moins stressée elle assure enfin de bonnes parties vocales, plaisante avec le public et rend justice à une parfaite collection de chansons pop. La pluie menace mais coup de chance, c'est l'heure de retourner à l'intérieur pour Emmy The Great... qui n'est pas sur scène, ses musiciens étant perdus en pleine campagne. Débuté avec une heure de retard son set est malheureusement expéditif mais la très jeune dame a une voix surprenante et des chansons folk à faire palir la plupart de ses contemporains : "We almost had a baby", "Absentee", "Dylan"... Manque "War" sacrifiée sur l'autel du timing. Final sur une reprise de "Where is my mind" et on n'échappe pas à l'averse. L'unique membre de La Casa Azul cloture la journée avec un show étrange mais apprécié (jolie version de "En la noches como lo de hoy"). La programmation des disco pop est alléchante mais la fatigue nous coupe les jambes. Retour aux tentes.