dimanche 8 juillet 2007

"Pourquoi vous ne pouvez pas acheter ce DVD ?"

Une question qui revient fréquemment de la part des cinéphiles... Le fait est que, contrairement aux livres, un bibliothécaire ne peut pas toujours acquérir le DVD qu'il souhaite. Un écueil qui découle directement de la réglementation sur le prêt des documents vidéo par les bibliothèques.
En effet, ces derniers ne peuvent être acquis via des fournisseurs traditionnels tels qu'une Fnac ou autre enseigne locale ; il faut obligatoirement passer par un grossiste spécialisé tel que CVS ou l'ADAV. Pourquoi ? Parce que ce grossiste aura négocié avec l'éditeur les droits de prêt et de consultation pour chacun des films qu'il affiche au catalogue. En clair : une bibliothèque n'a pas le droit de prêter un document vidéo non validé par cet accord - impossible donc d'accepter un don de la part d'un usager généreux.

Cette réglementation particulière, qui vise sans doute à protéger les vidéo-clubs d'une concurrence déloyale, ne va évidemment pas sans quelques conséquences facheuse pour les bibliothèques. L'éditeur peut refuser tout droit de prêt pour un film ou un documentaire, qui ne pourra donc être acquis * (c'est le cas de la fabuleuse série Juke Box Revival, dont les droits sont désormais épuisés). Mais il peut également fixer un prix suffisamment dissuasif pour décourager une bibliothèque de l'acquérir : comptez ainsi 86€ pour le DVD de l'excellent Spinal Tap, auquel j'ai bien entendu renoncé. Si les tarifs ne sont heureusement pas tous de ce niveau, ils restent au dessus des prix du marché et peuvent inciter une petite municipalité à limiter de façon drastique le fonds de documents vidéo.


* Un droit dont les éditeurs de livres ne peuvent plus bénéficier, conforméments aux accords passés en 2003 sur les droits de prêt


vendredi 6 juillet 2007

Elliott Smith - New Moon [2007]



Label : Kill Rock Stars
Indice PCDM : 2.35 - Folk rock

Outre sa large contribution à la bande originale du film "Good will hunting" qui lui avait valu les honneurs des Oscars, Elliott Smith disposait d'une faculté rare : il était absolument incapable de composer une mauvaise chanson. A leur manière, chacun de ses cinq albums publiés le démontre encore. Quatre ans déjà... quatre ans depuis le grand saut et ce qu'on pensait être le point final. C'est aujourd'hui que Kill Rock Stars publie ces titres qui tournaient déjà sur le Net depuis quelques temps. Composés à l'époque des albums "Elliott Smith" et "Either / Or", ils ne brillaient pas encore des cascades de pianos et de violons qui pareraient ses disques suivants : c'est juste un homme et sa guitare que l'on entend ici. On ne reviendra pas sur la voix d'Elliott, seule égale à elle-même et touchante au-delà des mots. On dira en revanche que ces chansons, si elles n'atteignent pas la fulgurance mélancolique d'un Between The Bars, trouvent enfin la place qu'elles méritent. Exposées en pleine lumière, elles offrent un nouvel épisode au talent d'un songwriter alors capable de laisser de côté des merveilles telles que Riot Coming, High Times ou New Disaster, et dévoilent ici une brillante reprise de Big Star, là des versions alternatives de Miss Misery et Pretty Mary K.

Merci...

'Cause it's alright, some enchanted nights I'll be with you


Mp3 temporaires :

Elliott Smith - Riot Coming
Elliott Smith - Angel In The Snow




jeudi 21 juin 2007

The Supremes - Reflections [DVD]



Editeur : Universal, 2006
Période couverte : 1964 - 1969

Quand on a l'opportunité de sélectionner des acquisitions, il arrive que l'on tombe sur une perle rare... qu'on ne manque pas de visionner en priorité pour mieux en profiter. En l'occurence ce DVD entièrement consacré aux mythiques Supremes, et acheté par le biais de CVS pour la somme ridicule de 23 euros (droits de prêt et de projection compris !) est un pur bonheur. Seize prestations télévisées des trois dames présentées par ordre chronologique, du Steven Allen Show (24 septembre 1964) au Hollywood Palace (18 octobre 1969). Les plus grandes chansons répondent - presque - toutes à l'appel : I Hear A Symphony bien sur, mais aussi Stop In The Name Of Love, My World Is Empty Without You (honteusement copiée par The Coral sur leur Dreaming Of You), Baby Love, Come See About Me... Robes 60's et chorégraphies inimitables s'affichent fièrement dans ces prestations peu à peu colorisées, dont le kitch assumé se pare d'un irrésistible charme. Avec en bonus plusieurs titres à cappella, des sous-titres passionnants et une visite dans le coeur des studios Motown. Qu'importe l'aspect poupées dociles à l'attitude aussi lisse que la coiffure : ces comptines adolescentes étaient avant tout de très grandes chansons, distillées par de brillants compositeurs à peine plus âgés que leurs jeunes interprètes. On ne les oubliera pas...


samedi 16 juin 2007

De la perception des bibliothèques

L'annonce de la fermeture administrative temporaire du Batofar, péniche-salle de concert amarrée en bord de Seine, a fait le tour du Web musical francophone de par la diffusion massive d'un communiqué de presse que l'on retrouve un peu partout (ici par exemple).

Outre le fait que les motifs de ladite fermeture ne sont aucunement mentionnés dans le communiqué envoyé par les dirigeants du Batofar, on peut se poser quelques quelques questions quant à la perception de la culture par ces derniers :

"Nous invitons notre public ainsi que les différents acteurs du secteur culturel à nous soutenir en relayant cette information au maximum [...]. Et si un jour ces lieux devaient se transformer en musées ou bibliothèques, ce sera toujours l'occasion pour les générations futures d'admirer le triste tableau d'une culture uniformisée".

Des lieux culturels obligatoirement vecteurs d'une volonté étatique d'uniformisation, une perception visiblement toujours en vigueur... Après une vérification rapide, les bacs de disques voire même la programmation des concerts de ma chère médiathèque affichent pourtant un éclectisme plus prononcé que la majorité des soirées proposés au Batofar. Mais encore faut-il se rendre dans les bibliothèques pour s'en rendre compte... Toute mesquinerie mise à part, il reste quelque peu malvenu de cracher sur les acteurs du secteur culturel quand on sollicite leur soutien.

samedi 2 juin 2007

Sylvain, musicos librarian

Quand un bibliothécaire met la main à la pâte pour composer, le résultat est parfois brillant. Si j'ai tendance à déserter ma guitare depuis ma prise de poste, d'autres fort heureusement ne renoncent pas et pourraient se retrouver un jour en position de cataloguer leurs propres albums. C'est tout ce qu'on peut souhaiter au sieur Sylvain Chuzeville, membre avignonnais du très bon groupe lyonnais Ex-Magnolia.

A écouter :
http://www.myspace.com/sylvainthelibrarian
http://www.myspace.com/exmagnolia


lundi 28 mai 2007

Concours et effectifs : le CNFPT rase gratis

Nouveau tour de passe-passe du Centre National de la Fonction Publique Territoriale. Après avoir placé les deux concours d'assistant et d'assistant qualifié du patrimoine le même jour, soit le 28 mai 2008, le CNPFT vient d'annoncer le report du concours de bibliothécaire territorial. Initialement prévu pour novembre 2007, celui-ci aura finalement lieu... le 28 mai 2008.

Conséquence : les candidats concernés ne pourront tenter qu'un unique concours au lieu de trois, sur une période de plus de deux ans. La culture a de l'avenir.


lundi 21 mai 2007

Maria Taylor - Lynn Teeter Flower [2007]



Label : Saddle Creek
Indice PCDM : 2.24 - Pop "indie"

Trop de boulot tue le boulot : la masse de travail à effectuer ces dernières semaines m'a pratiquement coupé de l'actualité musicale, par manque d'énergie et d'envie. Fort heureusement, la coupure du weekend permet au naturel de revenir au galop... Maria Taylor donc, moitié du mignon duo Azure Ray, publie son second album solo. Son talent pour les chansons profondes et accrocheuses, déjà visible dans des titres tels que Leap Year, est à nouveau bien exploité, de mélodies directes en ballades tristes (sublime Clean Getaway) saupoudrées de choeurs et de délicates touches d'electronica. Plus qu'à espérer un concert pour éprouver en live cette jolie collection...

Merci à Popnews pour la découverte.


I made my place by the door
I didn't know what I was waiting for
Felt just like home
Except no grass, no yard, no pictures

I could see across to the park
And there were friends, they were laughing hard
They looked just like my home
With no face, no name, no voice I'd know

I finally made it
I made a clean getaway
I finally made it
I made a clean getaway

I met someone at the bar
He had a great smile and a great heart
He felt just like love
Except no fear of losing, and it wasn't tough

I finally made it
I made a clean getaway
I finally made it
I made a clean getaway
And I miss you,
I miss you every single day




dimanche 13 mai 2007

L'herbe est toujours plus verte ailleurs

Extrait du prodigieux ouvrage de Michel Melot, "La sagesse du bibliothécaire" :

La bibliothèque "latine" est peut-être moins bonne pour la lecture et le prêt, mais elle accueille des manifestations qui attirent un large public : expositions, débats, conférence, fêtes du livre... Ayant été invité à faire des conférences en Finlande sur la floraison des bibliothèques publiques en France, j'y allai avec une grande modestie, sachant que la Finlande avait tout à nous apprendre dans ce domaine - le taux d'inscriptions y étant d'environ la moitié de la population quand nous ne sommes qu'à 20%. Or, mes collègues finlandais furent émerveillés de ce que nous faisions et se trouvaient fort malheureux d'être réduits à l'état de "machines à prêter des livres". Ils envoyèrent aussitôt une délégation professionnelle pour apprendre ce que les Français appellent "l'animation culturelle".

La rigueur anglo-saxonne contre la "fantaisie" des Latins, équation toujours aussi délicate à résoudre. L'histoire du rugby le démontre également : n'oppose-t-on pas, depuis la nuits des temps ovales, la discipline anglaise au French flair ?



dimanche 29 avril 2007

Natures & découvertes : le circuit du disque

Contrairement à ce que s'obstinent à croire une partie de nos chers usagers, je n'ai jusqu'ici jamais vu un album apparaître brusquemment dans nos bacs, prêt à être emprunté. Mes lecteurs si perspicaces s'en doutent, le disque suit un itinéraire parfois sinueux pour rejoindre les fonds de la médiathèque.

1) La sélection

L'essence même de la fonction de discothécaire. Fort de ses connaissances encyclopédiques, ce dernier va constamment analyser ses fonds afin d'en localiser les lacunes. Dans le même temps, il analysera au mieux ses usagers pour déterminer leurs attentes. Et comme sa science n'est jamais tout à fait complète, il n'aura de cesse de parcourir des livres, dictionnaires, revues pour repérer nouveautés et disques marquants. Sans oublier l'indispensable cahier de suggestions déjà évoqué dans ces pages.

2) La commande

Une fois sa liste d'albums en main, le discothécaire va tenter de faire ses emplettes auprès de son/ses fournisseurs agréé(s). Qu'il se promène dans une Fnac ou qu'il fouille une base de données en ligne, il constatera vite que la partie est loin d'être gagnée - et que pour le "Crazy Rythm" des Feelies, il va pouvoir se gratter une fois de plus. Ces problèmes de disponibilité peuvent s'accompagner de blocages administratifs qui plongent le malheureux discothécaire dans une insurmontable déprime : privez un drogué du disque de possibilité d'achat, il ne tarde pas à dépérir.

3) La facturation

Ces difficultés surmontées, nous voici avec un beau colis de disques sur le bureau. Avec l'aide du ticket de caisse, il faudra d'abord vérifier que toutes les références payées ont bien été livrées. Puis, éventuellement, séparer les disques en fonction des différents budgets et des réductions éventuelles (bien penser à ménager de l'espace libre, le nombre de tas pouvant être conséquent). Vient alors l'épreuve ultime : les disques et leurs prix respectifs vont être entrés un à un dans la base de données de la médiathèque. Prévoyez quelques heures si la commande est conséquente. Fumez une cigarette, détendez-vous, et faîtes le compte du total. Ce dernier ne correspond pas au montant inscrit sur le ticket de caisse ? Alerte rouge. Deux solutions possibles : re-vérifier le prix de chaque disque (comptez deux heures de plus), ou mettez à profit vos talents de faussaire en comptabilité pour parvenir immédiatement à un résultat juste au centime près.

4) Le catalogage et l'indexation

Je ne m'étendrai pas sur ces pratiques purement professionnelles qui font le bonheur quotidien de nombre de mes estimés collègues. Il s'agira de détailler chaque disque afin que l'usager moyen puisse le retrouver en interrogeant le catalogue informatisé. L'indexation, quant à elle, visera à attribuer aux albums une cote désignant leur localisation et leur style précis, d'où bien des interrogations : Gene Pitney, rock ou variétés américaines ? André Rieu, musique classique ou fourre-tout des musiques fonctionnelles ? Jean-Michel Jarre, musiques électroniques ou humour ? Patrick Eudeline, déchetterie ou poubelle ?

5) L'équipement

Tâche purement manuelle, pour une fois. Application d'un antivol, édition des cotes numériques autocollantes, éventuelles protections des digipack pour prolonger leur durée de vie. Hop là.

6) Mise à disposition

Le disque est enfin prêt à intégrer les glorieux bacs de la médiathèque. Il enchainera les réservations ou dormira pendant des années avant d'être redécouvert, mais il sera bel et bien là... jusqu'à sa disparition constatée par hasard quelques mois/années/décennies plus tard.


Précision : le délai nécessaire au disque pour traverser ces étapes reste difficile à évaluer. Comptez quelques jours pour un discothécaire au taquet à plusieurs mois dans le cas d'une médiathèque en sous-effectif ; voire plusieurs années si l'album a été malencontreusement oublié sur une étagère du bureau.

dimanche 8 avril 2007

Rock, pop : un itinéraire bis en 140 albums essentiels / Philippe Robert



Editeur : Le mot et le reste, 2006
ISBN : 978-2915378313


"Alright, alright, it's the music that I love" (Spearmint, Julie Christie)

Les dictionnaires rock de qualité en langue française ne sont hélas pas légion à l'heure où l'indigence de nombreux critiques précipite Rock & Folk ou les Inrocks à un niveau proche du néant. Sorti de l'indispensable Dictionnaire du rock de Michka Assayas peu de salut, et la sensation désagréable de lire et relire en permanence les mêmes lignes sur les mêmes artistes. Cet itinéraire bis apparait ainsi comme un remède à double effet : rafraichir les connaissances du mélomane sur nombre de ses groupes fétiches - où, jusque ici, pouvait-on lire une pleine page sur Bill Fay ? - et offrir de superbes découvertes au lecteur, quelles que soient ses connaissances. Entendons nous bien, il ne s'agit pas ici de snobisme : les artistes présentés ici par ordre alphabétique ont pour point commun des albums exemplaires, plus ou moins oubliés pour des raisons diverses. On se pâmera ainsi devant les perles folk de Margo Guryan, Vashti Bunyan ou Linda Perhacs. On plongera dans la galaxie 60's de la sunshine pop avec Sagittarius, The Millennium où les déjà plus connus Zombies. On écoutera religieusement ces disques des Feelies et Young Marble Giants, souvent indisponibles, qui font le cauchemar du discothécaire. Et au final on passera un excellent moment... avant de filer liste en main chez un bon disquaire pour remettre les pendules à l'heure.


Liens temporaires Yousendit :

The Zombies - Hung Up On A Dream
The Millennium - To Claudia On Thursday
Margo Guryan - Sunday Morning
Linda Perhacs - If You Were My Man